Je ne saurais dire combien de fois cette question m'a été posée.
D'ailleurs tous les photographes y ont le droit un jour. Je veux dire "tous les photographes qui vont un peu au delà de la simple image d'illustration" (bien que cette dernière ne soit en rien une honte, mais elle laisse souvent peu d'espace à la touche personnelle...) (... quoi que...).
A chaque nouvelle rencontre, à chaque entrevue médiatisée, à chaque exposition, comme la lancinante vibration du moteur d'un vieux frigo, revient cette interrogation ; "pourquoi faites-vous des photos".
Au début on se perd un peu dans les méandres de sa propre réflexion. Et la réponse est souvent très banale ; "pour fixer les émotions", "pour arrêter le temps", "pour "témoigner d'une époque", etc, etc...

Personnellement j'en serais probablement resté là.
Jusqu'à réaliser que prendre une photo, c'est voler quelque chose. Au temps, ou à quelqu'un.
Jusqu'à la lecture récente d'un récit autobiographique, écrit par mon père. Et la prise de conscience d'un lourd héritage ; une forte propension à écouter et à aider, comme en réponse à une incapacité maladive à dire les choses.
Ce pourrait-il, alors, que mes images cherchent à exprimer ce que les mots ne peuvent pas dire ?





D'ailleurs, je ne suis pas le premier à avoir "cogité" sur le sujet... d'autres, bien plus "savant", l'ont fait avant moi. Comme par exemple Serge Tisseron, dans son "Mystère de la chambre claire, photographie et inconscient" paru chez Flammarion dans la collection "Champs arts" :
"(…) tout photographe est préoccupé par sa présence dans ses images. Cette présence prend parfois l'aspect d'une quête répétitive de son propre reflet dans les objets photographiés. Elle est également parfois visible sous la forme de l'ombre portée du photographe. Mais elle est surtout présente dans toute photographie par l'existence d'un "style". Reconnaître un style, c'est toujours reconnaître la présence du photographe dans l'image du monde qu'il a fixée et que nous avons sous les yeux. C'est en cela que le style est essentiel en photographie. Parce qu'il correspond au désir essentiel qui anime toute les "prises" photographiques, aussi bien celles du touriste pressé que du professionnel aguerri. L'horizon imaginaire qui anime toute entreprise photographique est le désir de constituer une image du monde où se donne à voir sa propre présence."

Dont acte !!!